De « Bling-Bling » à « Tchou-Tchou ».

On prétend les Français cartésiens.

Foutaises ! Les Français sont avant tout conduits par leurs émotions.
La vie politique nationale ou locale nous en apporte la preuve.
Nous avons jeté aux orties un président « bling bling » qu’une majorité avait élu en 2007 croyant en l’homme providentiel pour lequel il tenta – avec succès (53%) – de se faire passer et, cent jours après son élection, nous commençons à râler contre notre nouveau président.
François Hollande prend le train. La belle affaire !
Cela donne à la presse et aux chroniqueurs l’occasion de rallier le président « tchou tchou ».
« Hollande part en vacances à Brégançon en train » L’Express – 2 août 2012
« Hollande est arrivé en train à Paris » … «  … bronzé et sans cravate, avec à ses côtés sa compagne Valérie Trierweiler. » Le Figaro – 19 août 2012.
A quand « Le président porte des chaussettes grises« , « Le président a mangé deux tartines beurrées au petit déjeuner« , « Le président fait caca mou » ?
Et chacun, à la terrasse d’un café ou dans un salon mondain, de reprendre le nouveau couplet en y ajoutant sa dose de moquerie, en en remettant une couche pour témoigner plus vigoureusement que le précédent son mépris à l’égard du politique. C’est à qui semblera le plus avisé, le plus malin, le plus désabusé. Ridicules, ne voyez-vous pas qu’ainsi vous creusez l’abime vers lequel vous vous précipitez ? Ne comprenez-vous pas que vous nourrissez l’hydre antidémocratique qui rêve de nous engloutir ?

Non mais, vraiment, qu’est-ce qu’on en a à foutre que le président prenne le train ?

La vraie question est sans doute : Pourquoi les journalistes éprouvent-ils le besoin de présenter ces détails qui n’ont aucun lien ni aucun intérêt en regard de la fonction présidentielle ?
Et, en deçà , pourquoi les politiques s’évertuent-ils à lancer des signaux aussi puérils à l’attention de la population ?

J’ai ma petite idée de chien la dessus ; s’ils le font c’est que chaque homme et chaque femme de ce pays fonctionne à l’émotif.
Chaque homme et chaque femme de ce pays préfère élire un espoir qu’il s’évertue dès le lendemain à assassiner. J’aime puis je méprise.
En France – comme dans la plupart des autres pays d’ailleurs – la raison cartésienne est étouffée sous les croyances et les passions.

La pratique politique locale est soumise au mêmes travers.
« Je suis socialiste mais je ne peux pas blairer Jean-Pierre Sueur » me disait dernièrement un intellectuel de gauche bon teint en sirotant son apéro. Et d’y aller de son petit couplet sur ses détestations à l’égard de l’édile. Et d’en rajouter avec un air entendu, en recherchant ma complicité complaisante, l’œil pétillant d’une lueur égrillarde. Et de jouir de sa petite masturbation pseudo-avisée. Pouah !
Je lisais il y a quelques jours un article paru le 5 décembre 2007 dans « La gazette d’Orléans » intitulé « Quelles sont les qualités requises pour être un bon maire« . Après quelques lignes intéressantes tentant de définir les qualités objectives d’un maire (analyse par ailleurs très discutable), paf ! je tombe sur « Ce qui va donc compter avant tout — ou ce qui devrait compter — dans une Élection Municipale, ce sont les Qualités Humaines Personnelles du Candidat » !
Ainsi, lors d’une élection municipale les électeurs éliraient un maire ! Première nouvelle !
L’auteur, bien qu’il aborde le sujet avec une approche analytique et critique, tombe finalement, lui aussi, dans le panneau : Les élections servent à désigner un chef ! Il reste à faire en sorte que le chef ait les qualités nécessaires !

Plutôt que d’aller glisser un bulletin de vote dans les urnes aux futures éléctions municipales, ceux qui raisonnent de la sorte feraient mieux de rester chez eux à lire « Astérix et le combat des chefs » !

Reprenons les fondamentaux :

En France, seul le peuple est souverain ! « La Souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum » (art. 3 de la Constitution)
C’est le principe de la Démocratie représentative. Le Peuple ne pouvant se rassembler pour siéger et décider ensemble désigne des représentants qui gouvernent.

En votant, les électeurs délèguent le pouvoir du Peuple à des élus. Ils délèguent le pouvoir mais, comme lors de toute délégation, conservent la Responsabilité ; Principe dont chacun devrait se souvenir lorsqu’il porte un jugement sur les décisions prises par les élus. « Si cette décision est prise, c’est parce que j’ai moi-même pris la responsabilité de déléguer le pouvoir de la prendre à celui qui l’a prise ! »

Et, en matière de démocratie locale, rappelons que le maire, même s’il possède des pouvoirs propres liés à sa fonction, est avant tout l’exécutif du Conseil municipal.
Ce n’est donc pas « Serge Grouard » qui a rendu à Orléans sa beauté mais le Conseil municipal – dans son ensemble ! – qui a délibéré pour qu’Orléans soit ce qu’elle est aujourd’hui. Et ce Conseil municipal n’a pu le faire que par délégation des Orléanais et sous leur responsabilité.

Comment les citoyens pourraient-ils exiger que leurs élus agissent conformément à ces principes s’ils les négligent eux-mêmes, pensent, parlent et se comportent comme les sujets irresponsables de monarques nationaux ou locaux ?

Il est grand temps de réformer nos attitudes démocratiques.

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