Appel du 18 …. octobre.

« Serge Grouard a redonné sa beauté à Orléans« .
« Serge Grouard jette l’argent des contribuables par les fenêtres« .

Voici deux phrases qui hérissent mon poil de chien républicain et démocrate.
Tout comme le billet de mon ami le Chat de ce matin : »Que Madame Anne Lauvergeon revienne à Orléans et je ne doute pas qu’elle possède en elle toutes les qualités pour devenir la première femme Maire d’Orléans« .
Tout comme celui de Minijack dans sa « Gazette d’Orléans » du 5 décembre 2007 : « Ce qui va donc compter avant tout — ou ce qui devrait compter — dans une Élection Municipale, ce sont les Qualités Humaines Personnelles du Candidat » ! (Les majuscules de la phrase sont d’origine !)
Le Maire. Le Maire. Le Maire.
Le Maire-Manager, le Maire-Autorité, le Maire-Patron, le Maire-Guide, le Maire-décideur, le Maire-Grand Timonier.

« Le combat des chefs » Uderzo & Goscinny

La presse focalise sur un homme ou sur une femme toute l’attention du public … et le public suit.
Derrière le comptoir du café du commerce, Jean-Pierre vitupère contre Grouard qui a fait ceci ou qui n’a pas fait cela. Et Jacques monte au créneau pour défendre son champion.
Et le champion, passant par là et entendant cela, gonfle le poitrail en sentant le flux du pouvoir lui parcourir les artères.
Fort de cette cure de jouvence populaire, il retourne à son bureau et prend une décision qu’il pense juste et nécessaire rien que pour confirmer l’efficacité de sa puissance.
Demain, au Conseil municipal, il distribuera quelques claques cinglantes. Après tout, pourquoi un super-héros n’aurait-il pas ce droit ?
Et si le surlendemain les blogs s’insurgent, il trouvera dans les coulisses de la mairie quelques courtisans – au bord de l’érection ou de la pâmoison – pour lui assurer qu’il fut sublime dans l’exercice.

GrrRrRRRRr ! Warff ! Warff !
J’ai l’impression, parfois, de « pisser dans un violon » mais je continuerai d’uriner dans cet instrument tant qu’il jouera sa petite fugue antidémocratique !

Certains rêvent de changer la Constitution française et les Lois qui en découlent ; Il serait bon qu’ils fassent en sorte qu’elles soient déjà appliquées dans les faits !
Les principes d’un fonctionnement démocratique de nos Cités sont tous clairement inscrits dans les Codes qui régissent l’exercice municipal.
Sommes-nous indécrottablement des Gaulois immatures pour nous acharner à ne pas les mettre en œuvre ?!!
La plus part des problèmes qui émaillent notre vie municipale s’en trouveraient immédiatement effacés.

Or nous persistons, tous autant que nous sommes, élus ou citoyens, à considérer comme allant de soi un système atavique et désuet qui nous autorise toutes les lâchetés et toutes les bassesses.
Un système qui pourrait s’illustrer ainsi …

… alors que celui auquel ont donné vie le siècle des lumières, la révolution française et, depuis, toutes les luttes pour la Démocratie se résume ainsi.

Ce n’est pas avec d’anciens schémas, d’anciennes solutions, qu’on résout les difficultés présentes.
Notre irrépressible espoir de chef providentiel est un piège, un leurre qui flatte nos paresses, encourage notre servilité à l’égard des puissants que nous portons nous-mêmes sur leur piédestal, nous entraine à préférer nos vaines colères revanchardes à l’exercice des responsabilités qui nous incombent.

Considérer la hiérarchie locale sous son angle véritable change toutes nos perspectives et nous libère enfin de nos comportements rétrogrades.

On ne peut demander à chaque citoyen de connaitre le Code électoral ou le Code général des Collectivités territoriales sur le bout des doigts mais l’on peut les encourager à adopter une attitude citoyenne mature en promouvant les principes qui sont inscrits de longue date dans nos textes fondateurs.

Commençons par battre en brèche certaines idées reçues.

Une tête de liste – rôle qui n’a d’ailleurs aucun fondement légal – n’est pas nécessairement le maire de la future équipe municipale.
C’est l’ensemble du Conseil – minorité inclue – qui doit choisir parmi ses membres celui qui offre le plus d’aptitudes et de capacités pour faire exécuter les décisions de l’assemblée délibérante.
Car qui peut assurer que celui qui mène efficacement une équipe durant la période offensive de la campagne sera le plus qualifié pour préparer puis animer paisiblement et égalitairement les débats du Conseil?
Combien d’énergie perdue, d’escarmouches futiles, de motivations brisées faudra-t-il encore pour désigner un administrateur communal serein plutôt qu’un combattant nostalgique qui ne sait jamais enterrer la hache de guerre ?
Or, les élus gaulois continuent de raisonner par clan, défendent leur champion, le hisse sur un promontoire où ils pourront l’admirer – ou le détester un jour.

Le mandat le plus « élevé » dans la hiérarchie communale est celui de conseiller municipal, non celui de maire ou d’adjoint.
Un maire ou un adjoint n’a le droit de vote en séance que parce qu’il demeure conseiller municipal, seul mandat ouvrant ce droit.

Seuls les conseillers municipaux sont élus du Peuple. Le maire et les adjoints sont désignés parmi eux par le Conseil en second lieu comme le sont les membres des Commissions ou les délégués de la Communes dans d’autres instances. Ce sont les outils de l’exercice municipal, ses serviteurs non ses maitres.

La voix « prépondérante » du maire ne signifie nullement que son vote, que son mandat ou que son opinion vaille plus que celui de n’importe quel autre conseiller. C’est seulement un moyen de déterminer une majorité en cas d’égalité de scrutin.

Si le maire possède des pouvoirs propres au titre de son mandat exécutif, il ne les détient que grâce aux délégations que lui accorde le Conseil et sous son contrôle. Il doit en rendre compte comme tout exécutant.

Les autres pouvoirs propres du maire et des adjoints – police, état civil, … – proviennent de l’organisation déconcentrée de l’État. Ils ne les exercent donc que comme simples subalternes sous le contrôle du Préfet ou du Procureur de la République.

Ni le maire d’Orléans, ni le président du Conseil général, ni celui du Conseil régional ne sont des personnages exceptionnels.
Ils pissent comme vous et moi !

Alors de grâce, cessons d’idolâtrer puis de poursuivre de nos rancœurs ces serviteurs du Peuple.
Cessons d’espérer un homme ou une femme providentiel ; Nous ouvrons la voie au culte de la personnalité.
Cessons de vedettariser les candidats.
Tournons sept fois notre langue démocratique dans notre bouche républicaine avant de prononcer de petites phrases immatures glorifiant la vertu d’une telle ou vilipendant la bassesse de tel autre. Elles nous lient et nous enferment dans la servilité.

Cela sera le premier pas vers une démocratie locale heureuse, paisible et efficace.

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6 commentaires pour Appel du 18 …. octobre.

  1. minijack dit :

    Tout d’abord, je vous prierai de rectifier : je ne m’appelle pas « Jacques » mais « Jacky ».
    Je signe « Jack Minier » pour mes livres, et sur gazettedorleans.fr que vous me faites l’honneur de citer mon pseudo est « minijack ». Si vous commencez par déformer les noms vous risquez bien vite de déformer les choses.

    Malgré ce détail, je dois dire que sur le fond je suis entièrement d’accord avec vous : au niveau municipal ce n’est pas au leader de faire « Sa » politique mais il doit appliquer celle voulue collectivement par le « Conseil », constitué de représentants élus par les citoyens, lesquels doivent rester les seuls « décideurs par délégation ».
    Car en effet, nous vivons dans une « Démocratie représentative » impliquant une notion de choix, donc nécessairement d’arbitraire.
    Comme nous ne pouvons pas passer éternellement notre temps à voter chaque détail de la vie de la cité, nous chargeons une équipe pour le faire à notre place. Cette équipe nous est proposée sous forme de liste constituée par une « tête de liste », et il est juste que ce n’est pas nécessairement celle-ci qui doive devenir Maire.

    Fort bien. Ca c’est la légalité.
    Mais dans les faits, nous ne sommes pas des robots et il est, hors des articles de la procédure, des aspects non négligeables de la nature humaine. Notamment deux : le premier s’appelle la Confiance, l’autre l’aptitude à rassembler, entraîner, commander… en un mot le Charisme.
    Et c’est cela qui, avant tout, détermine le choix d’une « personne » comme dirigeant, le choix d’un « humain », et pas d’un quelconque avatar synthétique tiré d’un programme.

    Les « têtes de listes » établissent un « programme » avec leurs colistiers, mais ce sont évidemment elles qui sont le plus à même de les réaliser, ou d’en changer l’orientation en fonction des évènements qui peuvent venir perturber leur mandat. Car 6 ans c’est long, et il peut se passer des tas de choses. Notamment ce qu’on appelle des « crises ». Pas nécessairement de grandes crises internationales, parfois de petites perturbations locales, mais auxquelles il leur faut répondre sans recourir à chaque fois à une nouvelle consultation populaire. La nature humaine compte alors énormément, beaucoup plus que le « formatage partisan ». Et c’est pour cette raison que pour Orléans j’apprécie Serge Grouard en tant qu’homme et en tant que Maire, bien qu’il fasse partie au plan national d’un mouvement dont je n’approuve pas toujours toutes les positions.

    J’espère que mon explication est plus claire que la vision « idolâtre » que vous décriviez.
    Cordialement
    Jack Minier

    • Pour le pseudo, voila le nécessaire réalisé.

      Pour le reste …
      … et bien disons que, pour ma part, je préfère tenter de remplir de vie démocratique le cadre légal que nous nous sommes choisi que de m’en remettre au charisme de tel ou telle pour qu’il le fasse à notre place.

      Pour moi, ce ne sont pas les « têtes de liste » qui établissent un programme avec leurs colistiers mais une équipe dans son ensemble qui élabore une stratégie permettant de réaliser, durant le temps d’un mandat, une avancée vers la vision commune qu’ils possèdent de la Cité.
      Pour moi, ce ne sont pas ces « têtes de liste » qui sont les plus à même de réaliser un programme ou d’en changer les orientations mais le Conseil municipal, dans son ensemble, qui est chargé de le faire.
      Pour moi, le maire n’est pas un dirigeant mais, avec ses adjoints, l’exécutif du Conseil.

      Moi aussi j’apprécie Serge Grouard en tant qu’homme. Mais je réprouve grandement la façon dont il exerce le mandat qui lui a été confié – son second, tout particulièrement. Comme chez beaucoup d’autres élus, elle dévoie la nature de ce mandat et appauvrit la vie démocratique.
      Pour les élus, c’est un dur combat personnel que de lutter contre la pression du pouvoir dévoyé. Aidons-les. La focalisation sur un homme ou une femme charismatique, outre qu’elle porte en germe en déviance ravageuse pour la Démocratie, les enferme dans un rôle qui n’est pas le leur et qui finit toujours par les détruire.
      Ce que j’en dis n’est pas l’énoncé d’une théorie de « robot légaliste » ; C’est avant tout le fruit d’une expérience heureuse de Démocratie locale.
      La loi est faite par les Hommes pour organiser leur vie sociale. Pourquoi lui préférer les hasardeux et souvent malheureux méandres de l’attelage « charisme-admiration » ?

  2. chatdorleans dit :

    Dieu soit loué…..Je n’ai jamais prononcé ni l’une ni l’autre des phrases en préambule de votre article…..je me réjouis au passage que l’exercice de style auquel je me suis livré à partir d’une image plutôt poétique ait pu susciter autant de réactions….Preuve que la question est tout de même sous-jacente dans beaucoup d’esprits…..Y compris dans ceux qui bien avant que Madame Lauvergeon n’apparaisse ont pu croire à leur propre sujet….. qu’ils étaient eux mêmes providentiels !….
    De toute façon Molière et Voltaire avaient vu ces choses là depuis bien longtemps…..Depuis nous ne faisons plus que de les décliner à tous les temps et à toutes les époques …..

    • Cher chat,
      vous avez du constater avec le temps que, souvent, vos billets m’inspirent et m’entrainent à en écrire un autre en contre-point.
      C’est un bel exercice. Et quoi de plus naturel qu’un chien prenne le contrepied d’un chat !

  3. chatdorleans dit :

    Vous voulez dire le « contrepatte »……en tous cas je me réjouis de vous avoir connu…..On retourne boire un verre ( que dis je…Un Bol…..Une Gamelle) ensemble !

  4. Ce que j’apprécie dans cet exercice de style, c’est que ces réflexions sont faites par des hommes que j’apprécie particulièrement. Chacun d’entre vous a le talent de savoir nous faire réfléchir.
    La démocratie passe par cette expression là.
    Une expression libre et diverse mais respectueuse des autres avis.
    Politesse… ne veut pas dire langue de bois… et c’est pour moi une chose fondamentale que de pouvoir ici et maintenant avoir le droit et le devoir de s’exprimer et de partager nos opinions et nos analyses réciproques. Il y avait, il n’y a pas si longtemps des lieux publics dans lesquels, bien qu’ ordonnancés, la parole circulait.
    L’arbre à palabre a des branches si basses que si on s’énerve et gigote trop on se cogne la tête et cela ramène à l’humilité celui qui ne sait se maitriser. Il y a aussi d’autres lieu fait pour cela, dans de nombreuses cultures. La clairière au milieu de la forêt accueillait le conseil des druides au pied du chêne, pour faire références à nos ancêtres celtes. Là la lumière devait venir parmi les hommes. Il y a d’autres lieux forts et clos. pour notre république il y a des conseils municipaux qui auraient auraient pu être ceux là ??? Malheureusement ce ne sont que des chambres d’enregistrement !!!
    Bonne continuation les amis d’Orléans et d’ailleurs.

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