Décryptage d’une stratégie hégémoniste.

Je vous invite aujourd’hui à un exercice quelque peu fastidieux mais nécessaire : le décryptage de la nouvelle stratégie du parti socialiste et de son mode opératoire, les « primaires citoyennes ».

PRÉAMBULE
Je veux, en introduction, préciser que je ne doute pas de la bonne foi et de l’enthousiasme de Baptiste Chapuis.
Je suis persuadé cependant que sa proposition est erronée. Une erreur démocratique, non une faute.
C’est ce que je vais tenter de démontrer.

LA PROPOSITION DE BAPTISTE CHAPUIS.
Voici, reproduit intégralement, l’article paru sur le blog « Place de la République » de Baptiste Chapuis, Conseiller municipal PS de la ville d’Orléans.

A la première lecture, l’idée est séduisante.
Tout un chacun peut se dire « Tiens! Voila qui est sympathique. Une désignation ouverte, participative et mobilisatrice. Ce sont des mots qui sonnent bien. Enfin, on se préoccupe de mon opinion. »

Approfondissons.
Baptiste Chapuis nous donne lui-même les clefs de décryptage de la stratégie socialiste.

  • Quels sont les objectifs affichés de cette proposition ?

« De cet exercice démocratique découlera une légitimité et une notoriété incontestable pour celui ou celle qui sera retenu(e) » (lignes 41 et 42 de la proposition)
On trouve à deux autres reprises le mot « incontestable » dans le texte de Baptiste Chapuis :
« … il est nécessaire que l’un d’entre nous devienne très prochainement le leader incontesté du rassemblement à gauche ».
« Cet exercice démocratique innovant (l’organisation de la primaire citoyenne)… rend incontestables les résultats »

L’objectif est donc clair : Rendre incontestable la tête de liste du rassemblement à gauche.

  • Sur quoi s’appuie l’incontestabilité de la tête de liste du rassemblement à gauche ?

– La légitimité :
A l’issue de la « primaire citoyenne », selon cette proposition, le candidat désigné comme tête de liste du rassemblement à gauche par la « primaire citoyenne » acquiert une légitimité incontestable. Tout autre éventuel candidat de gauche devient donc illégitime.

La notion de « tête de liste » n’est présente dans aucun texte légal. Elle n’est utilisée que dans le cadre d’un usage politique traditionnel, résurgence de l’esprit tribal, qui réserve la place de futur maire de la Commune au premier nom figurant sur une liste de candidats.
Cette pratique est-elle conforme à l’esprit et à la lettre des textes qui régissent notre démocratie locale ?
La réponse est claire : Non, absolument pas.
Le maire d’une Commune est l’exécutif du Conseil municipal, non son chef.
Les qualités d’un leader de liste électorale n’ont rien à voir avec celles qui sont nécessaires à la fonction de maire.
« Sous le contrôle du conseil municipal et sous le contrôle administratif du représentant de l’État dans le département, le maire est chargé, d’une manière générale, d’exécuter les décisions du conseil municipal«  (Article L2122-21 du Code général des Collectivités Territoriales).
Le fait qu’il soit « seul chargé de l’administration » ( Article L2122-18 du CGCT) ne lui confère aucun pouvoir décisionnel.
La proposition visant à légitimer la « tête de liste » – futur maire d’une Commune – renforce donc une pratique qui, si elle est courante, n’en est pas moins contraire à l’esprit et aux principes de la Démocratie locale.

– La notoriété.
L’assemblage des termes « légitimité » et « notoriété » éclaire la volonté sous-tendue.
La primaire citoyenne apportera à l’un des candidats la notoriété dont il ne jouit pas actuellement.
Ni Corinne Leleveux-Teixeira ni Michel Brard ne possède la notoriété jugée par Baptiste Chapuis nécessaire à son accession à la fonction de leader incontesté de la gauche, futur maire d’Orléans.
« Orléans est une ville importante,… où n’existe pas de candidat sortant » (ligne 30 de la proposition). Il existe bien entendu un candidat sortant – Serge Grouard – mais pas, selon Baptiste Chapuis, de candidat de gauche ayant la notoriété d’un sortant !
Pour assoir le pouvoir personnel – et nous l’avons vu illégitime – de l’un des candidats du parti socialiste, celui-ci besoin du renfort des résultats « incontestables » d’une « primaire citoyenne ».
Nous comprenons qu’il s’agit ici d’une opération de marketing politique visant à renforcer la notoriété d’un des candidats socialistes en l’appuyant sur une base plus large que la stricte audience socialiste. L’aveu en est limpide.

  • Le bipartisme : Objectif induit.

« Or, une expérience récente nous montre l’intérêt d’ouvrir cette démarche au plus grand nombre. L’excellente organisation et le vif succès de la primaire citoyenne en octobre 2011 a été un atout dans la victoire de François Hollande. Une dynamique populaire, en France mais aussi à Orléans, s’est lancée et a permis de porter la gauche au pouvoir. »

Le raccourci employé induit et entretient la confusion entre deux mandat de nature complétement différente : Le mandat présidentiel (unipersonnel et au suffrage universel) et le mandat exécutif du maire issu, en second rang, d’un scrutin municipal plurinomal.

Le plus dommageable est ailleurs : Ce raccourci prouve à l’évidence qu’il s’agit ici de répéter localement une opération de marketing politique ayant produit le succès qu’on lui connait lors de l’élection présidentielle de François Hollande.

« Cette démarche pourrait être proposée à des partis partenaires ». Il n’est pas précisé dans la proposition de Baptiste Chapuis si cette participation inclue la possibilité pour les partis « partenaires » de présenter leur propre candidat à la candidature. On peut le supposer.
Cependant, le conditionnel « pourrait » laisse bien apparaitre la volonté de l’auteur : Si nous, parti socialiste, estimons minime le risque de voir légitimer un candidat d’un parti partenaire, nous accepterons sa candidature. En contrepartie de ce risque minime, nous bénéficierons du vote des membres et sympathisants de ce parti, légitimant notre propre candidat.
A ce titre, la primaire des présidentielles est exemplaire. En courant le risque minime de voir Jean-Michel Baylet investi, le parti socialiste a obtenu la caution du parti radical de gauche et a conforté sa position hégémonique. En contrepartie, le parti radical de gauche a pu accéder à quelques strapontins gouvernementaux.
Voici donc formulé clairement l’injonction contradictoire du parti socialiste à ses partis « partenaires » : Si vous refusez de participer à une primaire à laquelle nous ne vous associerons que si vous jugeons votre candidat sans danger pour la victoire du notre, vous serez considérés comme des anti-démocrates. Si vous y participez, vous conforterez notre position dominante.
Baptiste Chapuis confirme d’ailleurs clairement cette interprétation :  » … il importe que nous, socialistes, composions une équipe… il est nécessaire que l’un d’entre nous devienne très prochainement le leader incontesté du rassemblement à gauche. » (ligne 9 à 12 de la proposition).

Voici, pour finir, une proposition de transcription « transparente » de l’appel de Baptiste Chapuis.

 

En allant voter à la « primaire citoyenne » organisée par le parti socialiste :
– vous renforcerez le pouvoir personnel « tribal » du maire au détriment du pouvoir légal du Conseil municipal
– vous cautionnerez le bipartisme et la position hégémonique du parti socialiste à gauche.Appel

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Un commentaire pour Décryptage d’une stratégie hégémoniste.

  1. Cestnabums dit :

    Mon chien

    pourquoi ne pas refaire ce qui a si bien fonctionné pour la présidentielle ? Les socialistes se considèrent propriétaires des voix de gauche et oublient touours d’avoir des idées en rapport avec cette posture.

    Pour mémoire, voilà ce que j’écrivais alors lors des primaires de l’époque. Je ne pense pas m’être trompé, si victoire il y a eu, c’est en dérobant les voix de gauche par une astuce langagière (le vote utile) Depuis, nous constatons qu’il y a très lon entre les paroles d’alors et la triste gestion petite bourgeoise d’aujourd’hui.

    Alors disons-leur encore :

    Le piège dialectique des socialistes.
    L’art d’enfumer la campagne.

    Nos inénarrables amis socialistes ne manquent ni de culot ni de circonvolutions langagières. Maintenant que la menace Jean-Luc Mélenchon se fait sensiblement tangible, qu’elle n’est plus qu’une simple vue de l’esprit, les voilà qui s’agitent et fourbissent des arguments dignes de la cellule riposte de l’UMP. Il est vrai qu’à force de fréquenter les mêmes écoles, les réflexes de caste sont souvent identiques chez les politiciens professionnels.

    Je l’avais subodoré en son temps, la primaire fleurait bon le piège, l’attrape nigaud peu habitué à la rouerie de la caste politique. La belle et grande kermesse élective a été interprétée par nos joyeux démocrates comme un billet exclusif pour accéder au poste suprême. Le candidat de toutes les gauches, c’est François Hollande ! Point de place pour les autres qui n’avaient qu’à venir se mêler à cette mémorable aventure plaisante et gentillette …

    Hélas, mes bons amis, nous ne sommes pas tous de gentils radicaux de gauche, des faire-valoir bien commodes et si peu dérangeants. La réalité est toute autre, elle est même têtue dit-on, tout autant que les électeurs du Front de Gauche qui ne cessent de croître quand vos rangs décroissent tranquillement, faute de flamme et de convictions.

    Vous commencez à sentir le vent du boulet. Non, pas celui que vous traînez comme candidat si enthousiaste que les foules oublient de se presser en masse à ses meetings, mais celui du doute et de la menace d’une concurrence imprévue dans vos jolies boules de cristal politiques. La manipulation des sondages n’a pas fait son usage, le petit, le vermisseau de la vraie gauche a brisé l’injonction des médias qui disaient en chœur : « Cette élection sera un duel UMP- PS ».

    Que nenni mes bons camarades socio-libéraux. Le troisième homme taille sa route dans un enthousiasme qui n’a rien à voir avec votre campagne chloroformée. Il a réveillé la fierté du peuple, il a redonné la fierté au peuple de gauche quand vous oubliez de regarder de ce côté-là. Il monte, il monte et comme dans la chanson, vous commencez à chercher la petite bête.

    Votre argumentation est extraordinaire pour un parti qui se flatte encore de défendre la démocratie, omettant bien tranquillement de se souvenir de la trahison du référendum sur l’Europe. Vous prétendez ici ou là que les primaires vous ont donné quitus pour représenter la Gauche face à Sarkozy, qu’il faut voter utile dès le premier tour et que seul le vote aux législatives permettra de se compter par sensibilité.

    Mais bien-sûr ! Nous devons vous croire ! Vous ne vous êtes pas contentés de nier le suffrage universel, de trahir la France du non, de voter comme des renégats le traité de Lisbonne, vous voulez maintenant confisquer le vote du premier tour à votre profit en déclarant haut et fort : « Si Sarkozy repasse, ce sera votre faute ! ».

    Ne cherchez pas dans votre programme les raisons de ce désamour, ne réfléchissez pas à votre stratégie, bonne c’est évident, puisque vous avez toujours été les meilleurs. Non, ne regardez pas la poutre qui est dans votre œil mais pointez du doigt ceux à qui, il y a peu, vous n’accordiez que des miettes.

    Il y a belle entourloupe à raisonner de la sorte. Vous avez fait des choix, vous pensez gouverner en bons pères de famille, mettre une petite dose d’humanité pour faire oublier le monstre, sans rien changer aux principes de cette société inégalitaire et à bout de course. Vous prônez la rigueur et la fidélité dévote à cette Europe inique et purement économique. Vous avez effacé votre héritage de gauche mais nous devons baisser la garde et vous tendre la joue droite pour recevoir le baiser de Judas.

    Nous ne pouvons admettre cette habile dialectique, nous ne pouvons accepter vos rodomontades, nous ne pouvons tolérer vos mensonges. Acceptez le débat d’idées, ne vendez pas l’élection comme un choix de personne car à ce petit jeu, vous serez perdant si vous vous retrouvez avec votre champion contre l’abominable et redoutable monstre qui se dresse face à lui. Le pauvre manque de coffre pour la bataille finale, seules les idées et l’ancrage à gauche nous ferons gagner : vous et nous et non pas vous sans nous !

    Gauchissement vôtre.

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