D’un simple clic.

Et pourtant, nous savons.
Nous savons que l’enfer que nous avons à éteindre ne réside pas chez les autres mais en nous-mêmes.
Nos ardeurs guerrières nous portent par lâcheté hors de nos frontières intimes pour éloigner de nous la peur d’avoir à nous affronter.
S’acharner sur un ennemi maintenu étranger est plus facile que de se confronter à un adversaire dont nous reconnaissons les valeurs, que nous considérons avec amitié et accueillons à notre table.
Bomber le torse pour se sentir vivre face à la cible que nos instincts belliqueux nous désignent, l’invectiver de loin pour entendre la force de notre propre voix, dépenser nos forces en combats illusoires pour nous dispenser du véritable combat, tout cela est plus facile que partager une confrontation positive avec ceux qu’on aime ; Soi-même, en tout premier lieu, si nous sommes capables d’amour et de respect envers soi. Les autres ensuite, nos frères.

Voici pourquoi je suis triste aujourd’hui des escarmouches qui crépitent sur la toile orléanaise.
Dans le petit monde de la blogosphère – qui promet à chacun une audience planétaire mais ne couvre, dans les faits, qu’un infime espace – une haine familière, travestie de talent, fait son nid.
Le virtuel est un terrain propice aux combats hors d’atteinte – croyons-nous.
Nous le disons tous avec sagesse quand nous en parlons.
Nous disons : « Tapis derrière l’écran qui nous procure la sensation d’être en contact avec l’univers, tout semble permis à la force de nos mots. Ils blessent loin de notre salon, de notre bureau. On nous transperce en retour. C’est dérisoire« .
Et pourtant, nos doigts continuent à parcourir les touches de notre clavier.
Tap, tap, tap … comme autant de flèches lancées. Tap, tap, tap … sans cesse.
Ce n’est souvent à l’origine qu’un imperceptible dérapage, un mot qui échappe à notre vigilance. On appuie sur « Enter ». Il est trop tard ; le mal est fait.

Enter

La vie est difficile.
On crève de faim et de trouille au quotidien.
Et voici que les chiens se mordent entre eux. Mon cœur se brise car j’aime les chiens, d’ici ou d’ailleurs.
Toute cette énergie dépensée à égratigner l’Autre pour pouvoir admirer ensuite, grâce  aux quelques plaies récoltées auprès de lui, l’image trompeuse d’un valeureux guerrier incompris dans le reflet menteur de nos faux-semblants.

On m’a reproché d’avoir fait marche arrière en effaçant des pans entiers d’un billet qui, non sans quelques bonnes raisons peut-être, avait eu l’ambition d’intervenir dans le conflit qui opposait les employés des Carmes à leur manager.
J’avais blessé.
Qu’est-ce qui m’en donnait le droit ?
Telle n’était pas mon intention, me justifiais-je. Quelle était-elle ?
Avant de répondre, j’ai effacé. J’avais blessé.

Certes, il est des causes à défendre, des convictions à soutenir, des idées à faire valoir.
Ne peut-on y parvenir sans blesser l’Autre ?
Ne peut-on plutôt l’associer à l’entreprise ?
L’Humanité ne sera pas plus grande lorsque nous aurons coupé les têtes de nos propres frères.

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18 commentaires pour D’un simple clic.

  1. bodard dit :

    Beau billet.A méditer
    Yves Bodard

  2. minijack dit :

    Je ne suis pas d’accord.
    Trop occupé par ailleurs ces temps-ci, je n’ai pas suivi le différent dont vous faites mention. Je ne saurai donc donner raison à quiconque de façon ponctuelle. Mais en règle générale, le fait d’affirmer sur le Net des idées parfois contraires à celles d’un Autre, n’est pas en soi une blessure que l’on inflige à l’Autre.
    Lorsqu’on s’expose, il faut accepter les risques ou se retirer du jeu.
    Tant qu’il n’est pas question d’injures ni d’invectives, ce sont juste des idées, pas des coups. Et le jeu consiste à en débattre sans s’aplatir devant je ne sais quel « politiquement correct » que la Société cherche à nous imposer de plus en plus souvent. Une manière de faire taire les dissensions et de faire disparaître les têtes qui dépassent du troupeau…
    C’est NOUS qui devons en imposer à la Société, pas l’inverse ! Le débat se doit d’être animé pour que les moutons se réveillent. Et tant pis si, trop peu préparé aux batailles verbales, l’adversaire prend pour des « coups » ce qui n’est qu’affirmations appuyées sans intention de blesser. Autrement, il n’y a plus moyen de discuter.

    • Cela peut sembler assez juste quand il ne s’agit pas d’affrontements personnels.
      Pourtant …
      Il y a manière d’affirmer …
      Toute relation – fut-elle virtuelle – n’est pas pour moi un « jeu »…
      Nous sommes la Société …
      Je ne connais nul « mouton », juste des citoyens égaux à moi, mes frères.

  3. Cestnabums dit :

    Comme chat et chien il est parfois possible de tomber dans des travers !

  4. Zeste Isabelle Debray dit :

    « L’Humanité ne sera pas plus grande lorsque nous aurons coupé les têtes de nos propres frères. » Je partage complètement cette opinion.
    Néanmoins, je suis pour les débats animés, les joutes verbales; mais totalement contre les affrontements personnels.

    • Chère Isabelle,
      le Chien possède de bonnes canines. Il sait grogner, aboyer et mordre quand cela devient nécessaire. Mais il préfère courir en meute fraternelle et en paix vers de beaux horizons.

      • Zeste Isabelle Debray dit :

        Cher chien d’Orléans,
        me voici assurée qu’en temps et heure vous savez quereller et protéger. Forte de constater que l’animal dans son environnement naturel préfère vivre en paix. Je suis ravie de découvrir que le chien est sociable et épris de liberté.

      • Christian Bourdeau dit :

        Bisoux Isabelle vas tu bien……?

      • Zeste Isabelle Debray dit :

        Fort bien gent damoiseau !

  5. Christian Bourdeau dit :

    Pour le coup, j’adhère parfaitement à votre « billet » ci-dessus et souhaite résolument revenir sur mes précédents écrit vous concernant…! MEA CULPA itou. Bien amicalement… Christian Bourdeau.

    • Parfois, sur la toile, de quelques coups de pinceaux inspirés et généreux, le peintre couvre une maladresse passée. Le repentir rend l’œuvre plus belle qu’elle ne l’a jamais été.
      Merci.

      • Christian Bourdeau dit :

        Bien à toi, à enfin te rencontrer pour « dissiper »…. Amicalement… et encouragements à continuer même si je devais, bien évidement, ne pas tout partager….!

  6. chatdorleans dit :

    Merci cher Collègue à quatre pattes pour ce commentaire qui remet également beaucoup de choses en place après cette tempête ligérienne des derniers jours, aujourd’hui apaisée (tout du moins, je l’espère).

    Avec le temps on pourrait même se sentir un peu confus d’avoir participé à un pugilat plutôt dérisoire….Reste que dans une bagarre de rue ou de cour d’école ….Ou même sur un terrain de rugby…Il est toujours important de pouvoir revenir  » à l’origine de la faute »…..Et en l’occurrence à celui qui a frappé le premier à un instant précis où l’autre ne s’y attendait pas !

    La bonne façon de voir les choses, cher Chien est incontestablement la vôtre …..Quand on se retrouve au coeur de la mêlée , reconnaissons que nous perdons tous de notre lucidité …..La bataille de rues ou par blog interposée, après que d’éventuels arguments aient été exposés a très vite fait de nous ramener à notre animalité !….

    Sorti de la mêlée, je pense que la plus grande victoire pour les protagonistes , même s’ils viennent d’horizons différents doit être de se rencontrer de se serrer la main, d’aller boire un verre ensemble et si ce n’est pas de repartir du même pas, tout du moins de mieux se comprendre…..

    On peut aussi et à l’inverse continuer à s’étriper à chaque occasion et tenter de défendre son blog ou son site comme on pourrait le faire d’une place de stationnement ou d’un bout de trottoir…..De la même façon on peut persister à transférer ses propres défauts sur un adversaire que l’on se sera fabriqué de toutes pièces….

    Et puis il y a aussi ces moments où en panne d’inspiration ou de sujets pour s’exprimer on peut être tenté de conduire dangereusement …..Jusqu’à l’accident !….

    Ce jour là , tout le monde vient vous apaiser, vous critiquer , en tous cas tout le monde vient avec les mêmes sentiments de compassion ou de hargne , ne serait ce que parce qu’il se passe quelque chose qui vient à point rompre la monotonie des jours…..

    Les intentions sont souvent les meilleures…Juste de quoi penser que finalement tous se sentent beaucoup plus raisonnables que ces deux cons qui s’étripent en public par billets interposés…..

    Voilà bien pourquoi, et comme à chaque fois qu’il y a un accident: tout le monde s’arrête, regarde, vient tremper un sucre dans le sang qui coule….En même temps qu’il proclame que tout ça est bien regrettable, en même temps qu’il désigne les responsables, et qu’il les distingue des victimes…..Ils’agglutinent au point qu’il faut même parfois mettre des barrières pour les retenir tant ils sont nombreux…..

    En termes de blogueurs on appelle ça : l’Audience !…..

    Très amicalement à toi cher Chien….

    • Cher Chat,
      « L’origine de la faute », c’est nous, quoi qu’on fasse. Nous en avons rarement conscience tant elle nous est familière, intégrée par nos expériences successives et jusque dans nos gènes.
      Il suffit d’un rien, d’un regard, d’un haussement de sourcil, d’un mot, anodin pour nous, pour ranimer l’ardeur belliqueuse de l’Autre.
      Ici, il n’y a pas « faute », il y a maladresse, inconséquence, emportement, bref « erreur » mais non « faute ». La faute reste. L’erreur se corrige.
      A force de nous battre pour nos valeurs, nous ne nous vivons plus que guerriers et oublions qu’il y a tant, déjà, à partager. Partageons.
      Partageons même nos différents et nos différences. Avec vigueur, humour, talent, générosité … mais partageons.
      … autour d’un verre ! C’est une excellente idée.

      • Christian Bourdeau dit :

        J’adhère parfaitement, retrouvons nous au Petit Bouchon à Orléans que connait bien Paul….. Amitié indéfectible pour jean-Paul et à toi cabot que je ne connait point encore…..!

  7. Zeste Isabelle Debray dit :

    l’Audience !…..
    Je répondrai par un coup de patte agile pour esquiver chatdorleans !!!

  8. Christian Bourdeau dit :

    L’invitation tient bien évidement pour toi Isabelle, tu connais le lieu, tu y as effectué « un passage » il n’y a pas si longtemps… !
    Merci Jean-Paul de ton passage hier soir, avec Guy, Jean Tissot et son épouse, contents de pouvoir « disserter » autour d’un verre dans une ambiance festive bien que quelque peu bruyante à mon goût….! Amitiés.

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