« Ils n’ont pas le cul sorti des ronces »

4862281047_d5869b4b62_o« On n’a pas le cul sorti des ronces ». C’est une phrase tirée du dialogue d’un polar que j’ai vu il y a longtemps quand la téloche avait encore une place dans un coin de mon salon.
Depuis, j’ai mis à la benne ce petit écran qui tient tant de place dans la vie des foyers français et je m’en porte mieux.
Mais ce n’est pas là le sujet de mon humeur du jour.

Ces dernières semaines, je parcours les rues d’Orléans la truffe au vent.
Il suffit d’un rayon de soleil pour qu’elles grouillent de monde qui s’affaire ou flâne à la terrasse des cafés.
Comme une envie pressante de sortir de l’hiver et de la grisaille.
Une éclaircie et hop ! On y croit. On ose la mini ou le t-shirt. On évite les zones d’ombre où il fait encore un peu frisquet et on se gave de lumière.

C’est fou le nombre de personnes qu’on rencontre !
On s’arrête, on papote et souvent on partage quelques mots à propos de notre va-et-vient entre frilosité bougonne des jours gris et soif de liberté ensoleillée.
Un parallèle me saute à la conscience : C’est comme en politique !

Il y a des jours où l’on chemine les épaules voutées sous le poids de la morosité.
Le commerçant râle contre ses charges « En France, on ne peut rien faire ! Dès qu’on prend une initiative, on est coincé entre la paperasse, les impôts et les exigences des clients »
L’instit’ râle contre son administration, contre les parents, contre le système éducatif, contre ses réformes.
Le salarié râle contre son patron, le patron contre ses salariés.
Et surtout, surtout, tout le monde râle contre les élus et contre le « système » qui ne changera jamais. « A moins d’une bonne révolution ! Mais « les gens » sont des veaux, c’est pas prêt de bouger ! ». (J’ai même entendu un « Il nous faudrait une bonne guerre ». Si, si, véridique !)

Et puis il y a soudain de belles éclaircies.
On entend des « J’ai envie de faire bouger les choses ! », des « Soyons nous-mêmes le changement qu’on espère », des « On peut s’affranchir des vieux systèmes ; il n’y a qu’à s’y mettre tous ensemble ».
Ah! Ça fait du bien.
Des idées jaillissent, modestes, concrètes et enthousiasmantes. Des potagers partagés, des espaces de rencontre, des échanges d’adresses où on peut acheter des produits sains et bons, le témoignage d’une colocation heureuse entre une charmante petite vieille et deux étudiants, un concert de solidarité pour le festival de Travers, le mouvement de soutien à la famille de Maxime, … Ça sent bon l’Humanité !

Moi, un peu « chien fou », je commence à japper de plaisir. « Super ! Alors, on y va ?! »
Et, dans mes pérégrinations, je croise Madame Degauche, Monsieur Dedroite et les deux frangins Ducentre.
Je leur raconte ce que j’ai vu – Après tout, ce sont des gens comme les autres, non ? : « Ça y est! Les Orléanais ont envies de bouger! On s’y colle tous ensemble. Vous venez ? »
Je les vois hésiter. « Allez, quoi! Détendez-vous. On ne va pas vous manger ! Pour une fois qu’il fait beau et que tout le monde veut s’y mettre ! »

Et là … consternation. Ils commencent à baragouiner entre eux un langage que je croyais disparu. Une langue morte, en quelque sorte.
Il est question d’alliances et de stratégies destinées à ne pas perdre. Si j’ai bien compris leurs borborygmes, il faut commencer par gagner le plus de places possibles à la mairie en exploitant les réflexes conditionnés des électeurs.
Classe dirigeante« Car les Zélecteurs et les Zélectrices, cher chien, entre nous, ce sont (murmuré) … de pauvres cons. Ils votent toujours pareil. On leur montre la bonne tête de Dedroite et paf ! 35 % assurés. On leur vend la chouette trombine de Degauche et paf ! 35 % garantis. Ensuite, entre les deux tours, on fait notre sauce avec les frères Ducentre et … Bingo !
Après, on fera des choses bénéfiques pour tout le monde (On a déjà tout prévu), mais, d’abord, … il faut gagner.
Tu comprends, Chien ? Tu n’es quand même pas si naïf ? »

Et c’est là que l’expression « Ils n’ont pas le cul sorti des ronces » m’est venue à l’esprit.

Personnellement – bien qu’étant généralement solidaire de nature – je ne mettrai pas le museau dans le roncier pour les en tirer. D’ailleurs, il semble que, malgré les égratignures, ils s’y complaisent.
Je m’éloigne au soleil et vais gambader avec des gens moins empêtrés.

SoleilUne dernière question avant d’y aller :
« Toi qui me lis, tu es Zélecteur ou Zélectrice, comme moi, je suppose … Et …. T’es vraiment un pauvre con ? »
Non, parce que si ce n’est pas le cas… ça vaudrait peut-être le coup de leur dire !

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4 commentaires pour « Ils n’ont pas le cul sorti des ronces »

  1. minijack dit :

    Vous comprenez pourquoi, malgré certaines rumeurs en 2008, je n’ai moi-même jamais voulu mettre directement le doigt dans la politique…
    Il y a des hommes et des femmes très bien chez Mr DeDroite comme chez Mme DeGauche (ou réciproquement) et peut-être même chez les frères DuCentre, mais l’incontournable régime des « partis » est une plaie que vos ronces ne risquent pas d’aider à suturer.

    • Il semble que nous convergions sur un nombre croissant d’idées, cher Minijack.
      Je vous accorde qu’il existe des hommes et des femmes « très bien » dans tous les courants politiques. J’en connais. Vous aussi.
      Il est cependant regrettable que leurs attaches partisanes – souvent simples affinités claniques – les enferment dans des comportements cristallisés et stériles, faiblement productifs dans la dynamique de projet et totalement déviants en terme démocratique.
      Confiant en la conscience politique de mes concitoyens (en particulier, les plus jeunes), je mets donc tous mes espoirs dans un sursaut citoyen. Car il me parait essentiel que, même en accordant une place raisonnée à ceux qui participent au « laboratoire de pensée des partis », la Citoyenneté intervienne majoritairement dans la gouvernance de la Cité.
      L’avenir dira si ces espoirs sont illusoires ou féconds.

  2. Cestnabums dit :

    Mon chien

    J’ai mon rôle dans le billet et je ne vois pas comment je vais pouvoir en sortir maintenant !

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